Prêtre réfractaire, aumônier de Briord, arrêté en même temps que son seigneur Joseph Charette en 1792. le 16 novembre 1793, Jean Bouchard périra lors de la première noyade de Nantes.
Il n'a pas possédé Briord. Il y a vécu, il y a prié, il y a secouru les pauvres — et il en est mort. L'abbé Jean Bouchard appartient pour l'éternité à l'histoire du domaine autant que ceux qui en furent les maîtres.
Jean Bouchard est aumônier de Briord. Il occupe la petite aumônerie du domaine, cette modeste demeure face à la Chapelle, où il vit et d'où il exerce son ministère.
Les sources rappellent qu'il vint souvent en aide aux déshérités de la paroisse. C'est un prêtre de terrain, près des gens, dans un pays de Retz où la foi n'est pas une abstraction.
En 1790, la Constitution civile du clergé impose aux prêtres de prêter serment à la nouvelle organisation de l'Église, désormais soumise à l'État. Le clergé de France se divise : les jureurs, qui prêtent serment ; les réfractaires, qui refusent.
Jean Bouchard jure sous la menace et dès que possible, se rétracte.
Il sera prêtre réfractaire jusqu'au martyre.
Dans le pays de Retz, comme dans toute la Vendée militaire, l'immense majorité du clergé refuse.
Ce refus n'est pas une posture : il expose à la traque, à la prison, à la mort.
En 1792, Jean Bouchard célèbre, avec un prêtre irlandais, une messe interdite à la chapelle de Briord. Les prêtres réfractaires disent alors la messe en cachette, dans les granges, les bois, les chapelles privées. Les fidèles viennent, au péril de leur liberté et de leur vie.
Pour Jean Bouchard, ce sera Dieu et le Roi. Il ne déviera pas.
Il est arrêté en 1792, au même moment que Joseph Charette de Briord. Joseph, qui subit encore un interrogatoire, un de plus, sera finalement relâché, son grand âge aidant. Jean, lui, ne quittera plus jamais les geôles d'un pouvoir central devenu hystérique et sanguinaire. La terreur s'installe et avec elle, un cortège de massacres.
Jean Bouchard est jugé.Le jugement est sommaire. La condamnation, impitoyable.
Le 16 novembre 1793, Jean Bouchard figure parmi les premières victimes des noyades de Nantes, organisées par le représentant en mission Jean-Baptiste Carrier. L'ignoble Carrier, directement responsable de la mort de plusieurs milliers de personnes en quelques mois, de Novembre 1793 à sa propre exécution en décembre 1794.
Il sera guillotiné, double ironie de l'Histoire, pour celui qui, considérant que le "hachoir de la République" n'était pas assez "productif", inventera "la déportation verticale" et les noyades de masse dans la Loire qu'il rebaptisa "la baignoire Nationale".
On charge les condamnés sur des gabares au fond percé, on les conduit au milieu de la Loire, on ouvre les sabords. Le fleuve fait le reste. Des prêtres, des femmes, des vieillards, des enfants : plusieurs milliers de personnes périront ainsi durant l'hiver 1793-1794.
Jean Bouchard n'a jamais revu son aumônerie.
Deux siècles ont passé. La petite aumônerie et la Chapelle de Briord sont toujours là. Leur restauration fait partie des grands chantiers du domaine, non par nostalgie, mais parce qu'un lieu qui a vu vivre et mourir un homme fidèle à sa foi mérite qu'on le relève pour en témoigner dans l'Histoire.
Ne disposant d'aucune archive permettant d'établir les représentations des vitraux de la petite Chapelle de Briord, Eric Peters a décidé dès 2023 que ceux-ci seraient réalisés en hommage à la vie du Père Jean Bouchard.
Eric a ainsi confié à un artiste spécialisé dans l'art religieux, Vincent Brédoire et a un compagnon vitrailliste Nantais, Olivier Marguet, la mission de réaliser une œuvre exceptionnelle retraçant la vie de Jean Bouchard. Après des dizaines d'heures d'échanges et de collaboration pour qu'il exprime précisément sa volonté, les 3 grands vitraux de nef ont été validé par Eric.
Leur réalisation qui débutera à l'automne 2026 nécessitera plus de 1000 heures de travail qui s'achèveront par la pose en la Chapelle de Briord dans le courant de l'année 2027.
La mémoire de Jean Bouchard, aumônier de Briord, fidèle à son serment jusqu'au dernier instant, sera ainsi honorée pour de très nombreuses années encore.