L'histoire de la chapelle de Briord n'est pas celle d'un seul édifice. Une « petite chapelle de la cour » médiévale, une « chapelle neuve » du parc dédiée à saint Jacques, et enfin l'édifice actuel bâti ou agrandi par Michel-Adolphe Pelet de Lautrec et bénie solennellement le 15 juin 1853, consacrée à saint Germain et à la Vierge. L'abbé Jean Bouchard, chapelain insermenté de Joseph Charette, périt dans la noyade du 16 novembre 1793. L'affaire Théotiste Covarel (1877) éclate dans la chambre de la comtesse. Des strates successives qui font la singularité patrimoniale du domaine.
L'histoire de la chapelle de Briord n'est pas celle d'un seul édifice mais celle de plusieurs constructions successives, dont les traces se recoupent dans les archives. Un document de l'administration révolutionnaire, daté de 1793, mentionne une « petite chapelle de la cour » à l'intérieur même du quadrilatère médiéval ; son emplacement exact dans les bâtiments disparus au XVIIIe siècle reste inconnu. Une autre chapelle, dite « chapelle neuve » et consacrée à saint Jacques, se trouvait dans le parc du château. Elle bénéficiait d'une dotation assise sur plusieurs métairies de Sainte-Pazanne, chargée « d'une messe le dimanche et le lundi alternativement par semaine, dite à Briord quand les seigneurs sont là, sinon en l'église du Port-Saint-Père à l'autel de saint Jean ». L'édifice actuel, lui, date du milieu du XIXe siècle : restauré sous la Restauration puis agrandi, il porte la trace architecturale d'une longue histoire.
À la fin du XVe siècle, quand Pierre Landais fait fortifier sa « maison et manoir » de Briord — creusement des douves, pont-levis, enceinte —, il existait vraisemblablement dans le quadrilatère manorial une chapelle seigneuriale. L'organisation des grandes maisons bretonnes contemporaines — le Plessis-Josso, le Bois-Orcan, l'Étier, le Gué-de-l'Isle, tous bâtis par des proches du duc François II — présente des dispositions similaires. Mais aucun document médiéval de Briord ne la décrit précisément : les aveux rendus au duc puis au roi se limitent à énumérer les rentes du fief.
Une enquête de 1688 situe une « chambre des religieux » à l'étage du manoir ; en 1747, l'inventaire mentionne la « chambre du prêtre », occupée par le chapelain qui servait aussi de précepteur aux enfants Charette. Cette présence ecclésiastique stable dans le logis indique un service religieux régulier, probablement dans la petite chapelle de la cour. Quant à la chapelle du parc dédiée à saint Jacques, elle est antérieure au XIXe siècle — il en subsiste, dans la partie centrale de l'édifice actuel, un motif sculpté dans le tuffeau représentant les armoiries de la famille Charette.
À proximité de la chapelle, un édifice secondaire accueille le culte : un oratoire élevé sous l'épiscopat de Mgr de Sanzay au début du XVIIIe siècle, où « l'on célébrait la messe à l'intérieur de la maison ». Cet oratoire — selon les archives dépouillées — occupait l'emplacement ou le site du bâtiment appelé aujourd'hui l'aumônerie, qui fait face à la chapelle de l'autre côté de l'allée principale. C'est donc au début du XVIIIe siècle, et non sous Joseph Charette, que l'ensemble chapelle + oratoire / aumônerie a pris sa disposition en vis-à-vis caractéristique de Briord.
Sous Joseph Charette (1722-1792), la vie religieuse du domaine s'organise autour de ces édifices. Joseph Charette est un aristocrate des Lumières — sa bibliothèque de plus de mille volumes témoigne de son ouverture aux auteurs du siècle, Rousseau, Montesquieu, Voltaire — mais aussi un châtelain soucieux du service religieux de sa maison. En 1792, quand la tension devient extrême, son chapelain privé est l'abbé Jean Bouchard, prêtre insermenté — c'est-à-dire refusant le serment à la Constitution civile du clergé de 1790. Sa présence au château, associée à celle d'un prêtre irlandais non soumis au serment invité à célébrer la messe, scandalise le curé assermenté Fortineau qui dénonce le 25 février 1792 une messe publique clandestine à laquelle auraient assisté 1 200 personnes.
L'arrestation de Charette suit à l'été 1792. L'aumônier Bouchard est lui aussi arrêté. Il fait partie de la noyade du 16 novembre 1793 — l'un des épisodes tragiques des exécutions de Nantes sous la Terreur. Joseph Charette, libéré en raison de son état de santé, était rentré à son domicile nantais où il meurt le 17 octobre 1792. La mémoire de l'abbé Bouchard est inscrite, depuis cette date, dans l'histoire religieuse du domaine.
Après la mort de Joseph Charette, le domaine est mis sous séquestre le 20 juin 1793. Le mobilier est inventorié puis transporté à Nantes. La chapelle, comme l'ensemble du domaine, entre dans une période de silence. L'acte d'adjudication de 1798 mentionne la « ci-devant chapelle couverte d'ardoises ayant cent dix pieds de longueur et largeur sur dix-huit de hauteur » — dimensions qui correspondent probablement à la chapelle de saint Jacques du parc.
Sous les Duboisviolette (1800-1833), négociants nantais d'alliances mixtes (protestants Möller, catholiques Charette), la chapelle n'est pas l'objet d'investissements notables. Les Duboisviolette sont des hommes d'affaires, tournés vers le commerce colonial — le Fils de France et ses voyages en Chine —, non des fondateurs religieux. Sous les Pantin de La Guère (1833-1850), la chapelle reste en usage, mais sans transformation majeure.
Tout change avec l'arrivée de Michel-Adolphe Pelet de Lautrec, qui épouse Mathilde Pantin de La Guère à Nantes le 17 juin 1850 et apporte à Briord une tempérament flamboyant, ultracatholique et ostensible. Sous son impulsion, la chapelle est édifiée — ou agrandie de deux collatéraux — et bénie solennellement le 15 juin 1853. Elle est consacrée à saint Germain et à la Vierge. C'est cet édifice-là que l'on voit aujourd'hui dans le parc, auquel les générations postérieures ont apporté divers compléments.
Pelet de Lautrec est un catholique fervent dont la dévotion s'exprime par des gestes marquants. Officier légitimiste démissionnaire en 1850, il reprend du service en 1860-1861 pour défendre le royaume des Deux-Siciles au siège de Gaëte, aux côtés du roi François II et du pape Pie IX. C'est le pape qui lui remet alors des reliques des saints Pierre et Paul et un morceau notable de la Vraie Croix. Mais contrairement à ce que la tradition a parfois laissé entendre, ces reliques ne restent pas à Briord : Pelet de Lautrec en fait don à la paroisse de Port-Saint-Père en 1862, dans le cadre du projet de reconstruction de l'église paroissiale qu'il finance.
À la fin des années 1870, la chapelle et le château de Briord sont le théâtre d'un des épisodes les plus troublants de leur histoire : l'affaire Théotiste-Françoise Covarel. Cette jeune voyante savoyarde, sortie de l'asile de Bassens en 1877 grâce à l'intervention de Pelet de Lautrec, est installée au château comme femme de chambre de la comtesse. Sitôt Pelet de Lautrec parti rejoindre son régiment à Béziers le 10 avril 1877, les apparitions commencent. Selon les lettres qui parviennent au mari absent, la Vierge apparaît à Théotiste dans la chambre de la comtesse — et non dans la chapelle, comme on pourrait le supposer. Les visions évoquent le salut de la France, la conversion du fils Pelet de Lautrec, la vente du domaine.
L'affaire divise gravement le couple. La comtesse, sous l'influence de l'abbé Cloquet — ancien grand vicaire de l'évêque schismatique Vibert de Maurienne —, accrédite les visions. Le vicomte, furieux, accuse sa femme d'« hallucinations néfastes ». Une procédure de séparation de corps est prononcée par le tribunal civil de Paimbœuf le 12 avril 1878. La chapelle elle-même n'est pas au centre de l'affaire, mais l'atmosphère générale du domaine — reçu d'ecclésiastiques, climat de dévotion, débats sur le salut de la France — explique la réceptivité de la comtesse aux visions de sa servante.
Après la vente du domaine à Jean-Simon Voruz le 25 novembre 1885 pour son petit-fils mineur Jean-Baptiste Étienne, la chapelle entre dans une période plus discrète. Voruz, protestant, membre du consistoire de Nantes depuis 1847, ne supprime pas l'édifice. Jean-Baptiste Étienne, élevé dans la religion catholique, maintient l'usage de la chapelle. L'adjudication comprend expressément « le mobilier de la chapelle », ce qui signifie que l'édifice est en état de fonctionner et contient son appareillage liturgique.
Pendant les soixante-quatre ans où Jean-Baptiste Étienne gouverne Briord (1885-1949), la chapelle vit au rythme des grandes occasions familiales et des cérémonies liées à l'Équipage de Briord — fondé en 1892 et démonté en 1937. Des messes de saint Hubert peuvent y avoir été célébrées pour les veneurs, même si les sources disponibles n'en donnent pas de description détaillée. Jean-Baptiste Étienne meurt non pas au château, mais en son hôtel particulier de la rue Linné à Nantes le 22 octobre 1949. Sa nomination posthume de chevalier de la Légion d'honneur est datée du 30 août 1949.
Dans les décennies qui suivent la mort de Jean-Baptiste Étienne, la chapelle traverse une période difficile. En 2003, son état est tel que le propriétaire d'alors dépose une demande de permis de démolir par mesure de sécurité. Le véto des services de la Direction régionale des affaires culturelles sauve l'édifice. La toiture s'effondre cependant complètement ; les vitraux avaient déjà disparu. Depuis 2021, sous le nouveau propriétaire, la chapelle fait l'objet d'un programme de restauration qui vise à lui rendre son intégrité.
L'édifice que l'on voit aujourd'hui porte ainsi la mémoire de toutes ces strates. Le motif armorié Charette dans la partie centrale rappelle l'édifice primitif du XVIIIe siècle, alors dédié à saint Jacques. La structure globale — avec ses deux collatéraux — porte la main de Pelet de Lautrec en 1853. Les dédicaces — saint Germain et la Vierge — sont les siennes. L'ensemble est, comme le château lui-même, le produit de strates successives plutôt que d'une création unique. Cette complexité est caractéristique de Briord, où chaque siècle a laissé sa marque sur le précédent.
Archives départementales de Loire-Atlantique : chartrier de Briord (E 351-375) ; 1 Q 149 (adjudication de Briord, 1798) ; série L (administration révolutionnaire, poursuites contre Charette de Briord) ; 2 J 52 (fonds Bizeul, livre de comptes de Joseph Charette). Archives diocésaines de Nantes (7 FB 25). Archives du château de Briord. Auguste Laurant, Historiographie de la châtellenie de Briord, 1886 (manuscrit). Pour l'affaire Théotiste Covarel et la famille Pelet de Lautrec : tribunal civil de Paimbœuf, procédure de séparation de corps, 12 avril 1878 ; Service historique de la Défense, dossier 5YE6 n° 6650. Pour l'équipage et Jean-Baptiste Étienne : Archives nationales, base Léonore, 19800035/68/8455 ; Claude Pédron, « Jean-Baptiste Étienne (1870-1949) et l'équipage de Briord (1892-1938) », Vénerie, n° 120, 1995, p. 25-32. Pour les chapelles seigneuriales du pays de Retz : Société d'histoire du pays de Retz, Revue, divers numéros ; Abbé Amédée Guillotin de Corson, Les grandes seigneuries de Bretagne, Rennes, 1897-1898, t. III.