Le Blog de Briord

Les métairies de Briord, de 1478 à 1949

Dimanche 19 juillet 2026 Par Eric Peters Le Blog de Briord

Dans l'aveu de 1478, Pierre Landais déclare six métairies à Briord. Sous les Charette au XVIIIe siècle, la Berthelotière, la Brosse, la Quetterie et la Bojetterie sont identifiées nominativement. Aux ventes révolutionnaires de 1796-1798, la Moinerie, la Pullière, la Bézitière, la Quétrie sont dispersées. Le plan d'adjudication de 1884 à Voruz énumère précisément onze ensembles : Pullière, Gobinière, Bertaudière, Brosse, Cour de Briord, Bézitière, Bogetterie, Bruyères noires, Landes, Quetterie, plus la réserve du château, pour 250 ha 96 a 71 ca. Cinq siècles d'agriculture seigneuriale documentée par les archives.

L'ossature économique du domaine

Une seigneurie d'Ancien Régime ne vit pas de son château mais de ses métairies. À Briord, ce système d'exploitation agricole a été l'ossature économique du domaine pendant plus de cinq siècles, depuis les aveux médiévaux jusqu'aux années qui précèdent la mort de Jean-Baptiste Étienne en 1949. Le nom des métairies, leur nombre, leur étendue, leurs revenus : tout cela est documenté de façon progressive dans les archives, depuis la première mention dans l'aveu rendu par Pierre Landais au duc François II en 1478, jusqu'au plan détaillé dressé en 1884 pour l'adjudication au profit de Jean-Simon Voruz. Ces documents permettent, mieux que pour tout autre aspect du domaine, de suivre la lente évolution d'un système agricole ancien.

Les six métairies médiévales

L'aveu de 1478 est le premier document précis. Pierre Landais y déclare, pour sa châtellenie de Briord, un rapport annuel de 133 livres provenant des cens, de l'exploitation de 120 journaux de bois, des prés, des étangs, des droits féodaux, auquel s'ajoute le produit de 300 hommées de vigne, des six métairies, des pêcheries. Les noms de ces six exploitations ne nous sont pas parvenus dans ce document — les aveux médiévaux privilégient l'énoncé des rentes sur le détail nominatif.

Avant même Landais, une mention antérieure permet de documenter le système : vers 1380, sous Sevestre de Rezay, les héritiers de cette première famille seigneuriale doivent payer le droit de rachat des « blez de la métairie de Briort de l'aoust mil IIIc et six », affermée à Jehan Le Charpentier, métayer, qui livre ses blés au grenier du duc à Machecoul. C'est la première mention nominative d'un métayer de Briord — et elle montre que le système d'affermage existait déjà au XIVe siècle. Le blé récolté équivaut à six septiers mesure de Machecoul, qui valent neuf septiers mesure de Saint-Philibert — indication précise des rapports d'équivalence des mesures locales à la fin du Moyen Âge.

Les aveux du XVIIe siècle

En 1657, sous les L'Espinay, on recense dans les sept métairies dépendant de Briord un cheptel important : 10 paires de bœufs de labour, 60 vaches, 17 veaux, 13 taureaux, 14 taures, 16 bodes et « bonnards » (jeunes bovins mâles et femelles), 330 brebis et agneaux. La seigneurie a donc gagné une métairie supplémentaire depuis Landais.

En 1678, un aveu présenté pour la réformation du domaine détaille l'étendue territoriale de la châtellenie et les rentes qu'elle perçoit. Les métairies ne sont pas toutes nommées, mais les aveux parlent des rentes dues sur divers lieux : la Frogerie, la Piorgère, la Boullais, la Bézitière, les Ménarderies, la Métairie-Neuve, la Pallutière, les Landes — noms dont certains désignent des tènements dépendant de métairies rattachées au domaine.

L'âge d'or sous les Charette (XVIIIe siècle)

C'est sous les Charette que la châtellenie atteint son plus haut développement. À la mort de Jean Charette en 1754, sa fortune est évaluée à 180 000 livres ; la châtellenie compte « un grand nombre de métairies de rapport », dont les archives citent nommément :


Ces quatre métairies sont identifiées nominativement dans les comptes du domaine. S'y ajoutent des bordages (petites exploitations rurales), des moulins à vent et à foulon. Le cheptel comprend, au milieu du XVIIIe siècle, 7 paires de bœufs de labour, 7 juments, 2 poulains, 55 vaches laitières, 1 veau, 8 taureaux, 191 moutons, évalués à 2 544 livres.

Joseph Charette, qui hérite de la seigneurie en 1746 à vingt ans à peine, est l'un des rares nobles à tenir lui-même une comptabilité précise. Son « livre de compte des revenus de la maison noble de Briord », ouvert en 1746 et tenu jusqu'en 1788, conservé aux Archives départementales dans le fonds Bizeul, est un document exceptionnel. On y lit l'évolution positive des revenus du domaine : 5 826 livres en 1747, 23 310 livres en 1782. Le rapport des métairies double pendant cette période (de 2 000 à 4 000 livres), mais c'est la vente des produits — froment, seigle, blé noir, pois verts, avoine, bêtes à cornes, petits cochons, genet, veaux, moutons, laine, bois de châtaigneraie — qui représente la part principale des revenus.

Joseph Charette, gestionnaire et humaniste

Les pages du livre de comptes révèlent un gestionnaire rigoureux mais équitable. Dans un état du 16 mai 1769, Joseph Charette recommande de ne jamais passer les fermages devant notaire et de ne jamais s'écarter des quantités de terre des anciens aveux. Mais il ajoute une considération humaine rare pour l'époque, à propos du montant des fermages :

« Je crois qu'il n'y faut plus toucher absolument, et qu'elles sont à leur juste prix. Si elles étaient trop chères, on ne trouverait que des gens pauvres qui voudraient entrer, on ne saurait trop persuader de l'avantage qu'il y a de tenir ces métairies en bonne réputation, et n'y avoir que des gens aisés… J'ai porté la terre au plus haut point de la valeur honnête où l'humanité exige que les laboureurs vivent, et que le propriétaire n'était pas dupe. »


Cet équilibre recherché entre intérêt du propriétaire et subsistance du métayer est caractéristique d'un aristocrate des Lumières, lecteur de Rousseau et de Montesquieu dont il possède les œuvres dans sa bibliothèque. Joseph Charette s'appuie, pour la gestion quotidienne, sur son procureur fiscal René Souchu, engagé en 1779 comme intendant à Briord — le même Souchu qui deviendra tristement célèbre en 1793 pour son rôle dans les massacres de Machecoul.

Les ventes révolutionnaires (1796-1798)

Après la mort de Joseph Charette le 17 octobre 1792, le domaine est mis sous séquestre le 20 juin 1793 comme bien de seconde origine (ayant appartenu à un ci-devant noble). Mais la vente à la Nation ne sera pas totale : la fille de Joseph, Louise du Cambout de Coislin, par un montage ingénieux impliquant des prête-noms et des fermiers, fera racheter progressivement les éléments du domaine pour les revendre ensuite à Jean-Anne Duboisviolette en 1800. Les ventes révolutionnaires permettent de connaître, à travers les actes d'adjudication, les métairies alors individualisées :

On voit apparaître dans ces actes la plupart des noms qui perdureront jusqu'à la fin du XIXe siècle : Moinerie, Bojetterie, Pullière, Berthelotière, Brosse, Bézitière, Quetterie, plus les terres du moulin de Briord.

Le domaine sous Duboisviolette (1800-1833)

Après la reconstitution du domaine par Louise du Cambout de Coislin et son transfert à Jean-Anne Duboisviolette, le patrimoine immobilier de Briord comprend, selon l'inventaire de 1804 : la maison principale, le pourpris contenant 52 hectares, 6 métairies contenant 220 hectares, 14 borderies contenant 38 hectares, soit un total d'environ 310 hectares. Les noms des six métairies ne sont pas précisés dans ce document, mais il s'agit vraisemblablement pour l'essentiel des métairies déjà nommées dans les ventes révolutionnaires.

Sous les Duboisviolette, les métairies sont l'occasion d'innovations agronomiques. En novembre 1828, une commission de la Société académique de la Loire-Inférieure visite Briord et y décrit les expérimentations du maître : sur 56 hectares de terres labourables, Jean-Anne-Thomas Duboisviolette a mis en place une pépinière de 150 000 sujets — dont des platanes d'Orient attestés à Briord en 1826, des pêchers et orangers d'origine chinoise —, un élevage de 80 bêtes à cornes et autant de porcs chinois utilisés pour le croisement avec les races locales, et des cultures novatrices : betteraves à sucre, pommes de terre (Duboisviolette avait reçu en 1818 une prime de 100 francs pour avoir récolté 580 barriques), choux à vaches, navets rutabaga, oignons semés à la charrue.

L'adjudication de 1884 : la carte précise

Quand la comtesse Pelet de Lautrec vend le domaine à Jean-Simon Voruz, un plan précis est dressé pour l'adjudication. Le document établi vers 1884 par le notaire Jaguelin de Vue énumère les composantes exactes du domaine mis en vente. C'est la cartographie la plus détaillée dont on dispose pour Briord : Total : 250 ha 96 a 71 ca.

Ce plan est un document patrimonial de premier ordre. Il montre que la configuration qui s'était stabilisée au XVIIIe siècle — Pullière, Brosse, Berthelotière , Bézitière, Bojetterie (Bogetterie), Quetterie, Moinerie — est encore pour l'essentiel celle du domaine à la fin du XIXe siècle, avec cependant des ajustements : la Gobinière, la Cour de Briord et les Bruyères noires apparaissent, tandis que d'autres entités (Moinerie notamment, vendue séparément aux ventes révolutionnaires) ont été détachées.

Voruz, Étienne et la fin d'un système

Après 1885, Jean-Simon Voruz puis son petit-fils Jean-Baptiste Étienne conservent la structure en métairies. Les noms de régisseurs et gardes chasse de cette période apparaissent dans les archives : Jean-Joseph You en 1908, Ollivier en 1934, Albert Menant en 1939. Le régisseur Jean-Baptiste Bauvineau est mentionné en 1910, dans une affaire concernant 32 pieds de vigne muscadet greffés qui ont été coupés — signe que le renouvellement post-phylloxérique du vignoble était bien engagé sous Jean-Baptiste Étienne.

Pendant les soixante-quatre ans de l'ère Voruz-Étienne, les métairies de Briord vivent au rythme des deux premières moitiés du XXe siècle. La Première Guerre mondiale mobilise les hommes et les chevaux ; l'entre-deux-guerres est une période de modernisation technique inégale ; l'Occupation impose réquisitions et restrictions. La plupart des baux à moitié fruit qui caractérisaient l'Ancien Régime cèdent progressivement la place à des fermages en argent.

Quand Jean-Baptiste Étienne meurt à Nantes rue Linné le 22 octobre 1949, le domaine qu'il laisse comprend encore ses métairies et borderies — noms qui seront repris dans l'inventaire successoral.

Toponymie et mémoire

Les noms des métairies de Briord — Pullière, Gobinière, Bertaudière, Brosse, Cour de Briord, Bézitière, Bogetterie, Bruyères noires, Landes, Quetterie, Moinerie — appartiennent désormais au patrimoine toponymique du pays de Retz. Ils figurent dans le cadastre napoléonien de 1830-1837 (série 3 P aux Archives départementales de Loire-Atlantique) et dans les actes notariés successifs.

Certains noms évoquent la géographie (Bruyères noires, Landes), d'autres les fondateurs lointains (Berthelotière), d'autres encore des institutions religieuses anciennes (Moinerie, qui suggère une dépendance monastique).


Chacun de ces noms porte cinq siècles d'histoire agricole. Sous leurs murs, dans leurs étables et leurs prairies, se sont succédé les familles de métayers dont certains noms — Davié, Guillon, Favreau, Pierre Rousseau, Bichon, Guion, Le Charpentier — sont parvenus jusqu'à nous à travers les livres de comptes et les aveux. Ces familles, qui ont nourri le château, ont été, autant que les seigneurs eux-mêmes, les acteurs de la longue durée de Briord.

Sources consultées

Archives départementales de Loire-Atlantique : chartrier de Briord (E 351-375) ; aveux de Pierre Landais au duc François II, 1469 et 1478 ; aveu de la réformation de 1678 (B 1907-1908) ; aveux de la paroisse de Port-Saint-Père (B 1853) ; 2 J 52 (fonds Bizeul, livre de comptes de Joseph Charette, 1746-1788) ; 1 Q 149 (adjudication de Briord, 1798) ; 1 Q 505 (inventaire de 1792) ; 4 E 19/125 (plan du domaine, vers 1884) ; 4 E 12/550 (minutier Lallié, vente de 1833) ; 4 E 2/606 (minutier Defrondat, convention du 17 juillet 1800) ; 3 P 137 (cadastre napoléonien de Port-Saint-Père). Archives municipales de Nantes, fonds Dobrée (2 A 177) : correspondance Duboisviolette-Dobrée, plan de la pépinière, tarifs des conserves. Société académique de la Loire-Inférieure, compte rendu de la visite à Briord, novembre 1828. Auguste Laurant, Historiographie de la châtellenie de Briord, 1886 (manuscrit conservé à Briord). Pour la féodalité du pays de Retz : Société d'histoire du pays de Retz, Revue, divers numéros. Pour le vocabulaire du bail à métairie : Marcel Garaud, La Révolution et l'égalité civile, Sirey, 1953 ; Georges Lefebvre, Études orléanaises.

Rédigé par Eric Peters le 19 juillet 2026