Architecte-voyer de Nantes de 1760 à 1780, Jean-Baptiste Ceineray (1722-1811) transforma la ville close en une cité néo-classique ouverte sur son fleuve. Figure majeure de l'urbanisme nantais au XVIIIe siècle.
Né à Paris le 10 mars 1722, Jean-Baptiste Ceineray est le fils de François Ceineray, maître charpentier. Il se forme d'abord auprès de l'architecte Franque, dans son cabinet parisien, avant d'être admis en 1743 à l'Académie royale d'architecture. À l'issue de sa formation, il séjourne en Italie où il étudie les grandes réalisations de l'architecture antique et classique, une empreinte durable sur son goût pour la sobriété inspirée de la Grèce.
En 1752, Ceineray s'installe à Nantes pour y faire carrière. Le 7 mai 1754, il y épouse Marie Sauvaget, fille de François Sauvaget de La Gaudinière, lieutenant de la milice bourgeoise. De cette union naît en 1755 un fils, Jean-Marie ; Marie Sauvaget meurt dès 1756, à l'âge de trente ans.
Nommé architecte-voyer, Ceineray conçoit à partir de 1760 un vaste programme de réaménagement urbain. Il fait abattre les remparts, trace de larges artères rectilignes à la place des rues médiévales tortueuses, dégage de nouvelles perspectives derrière la cathédrale et réaménage rues et places. Son plan impose une discipline architecturale nouvelle, notamment la symétrie et une élévation régulière des façades. Son œuvre sera prolongée par son élève Mathurin Crucy, qui reprendra et adaptera ses plans, en particulier pour le quartier Graslin.
On lui doit le bâtiment de la Chambre des comptes de Bretagne (1762-1781), aujourd'hui hôtel de préfecture de la Loire-Atlantique et considéré comme son chef-d'œuvre ; les hôtels particuliers du cours Saint-André, l'hôtel Deurbroucq sur le quai de l'Île Gloriette et l'hôtel de la Division militaire ; les immeubles ordonnancés autour du Bouffay (quais Brancas, Flesselles, Port-Maillard) ; ainsi que des folies et châteaux des environs, comme le manoir de la Gibraye à Saint-Sébastien, le château de la Picauderie à Thouaré-sur-Loire (1773) et très probablement le château de Briord, bien que ceci ne soit toujours pas documenté à ce stade des recherches en 2026.
Réputé désintéressé et prodigue, Ceineray néglige sa fortune. Il meurt dans la misère le 29 juin 1811, dans une maison de la rue de la Fosse qu'il avait lui-même construite ; son acte de décès le qualifie de « pensionnaire de l'État ». Bien après sa mort, la ville rendra hommage à son œuvre en donnant son nom au quai qui longe la façade de l'ancienne Chambre des comptes, sur la rive de l'Erdre.
Ville de Nantes, Nantes Patrimonia, notice « Jean-Baptiste Ceineray ». — Hélène Rousteau-Chambon, « La Chambre des comptes de Jean-Baptiste Ceineray », Annales de Bretagne et des Pays de l'Ouest, t. 108, n° 4, 2001. — Catherine Chabot Barres, Recherches sur l'architecte Jean-Baptiste Ceineray (1722-1811), mémoire, Paris IV, 1992. — Bernard Le Nail, Dictionnaire biographique de Nantes et de Loire-Atlantique, Le Temps éditeur, 2010, p. 86-87. — Jean-Charles Renoul, « Ceineray », Annales de la Société Académique de Nantes, t. 32, 1861, p. 451-490.