Terre de Briord

Napoléon III — L'Empereur et le châtelain de Briord

Empereur des Français de 1852 à 1870, Napoléon III régna sur la France pendant les années mêmes où le comte Pelet de Lautrec était maître de Briord. Sa politique italienne conduisit le châtelain jusqu'au siège de Gaëte.

« L'Empire, c'est la paix. »Louis-Napoléon Bonaparte, discours de Bordeaux, 9 octobre 1852

Un Bonaparte sous le Second Empire, un royaliste à Briord

De tous les souverains qui ont régné sur la France pendant que la Terre de Briord était habitée, Napoléon III est celui dont le règne épouse presque exactement les années du plus romanesque des maîtres du domaine, le comte Michel-Adolphe Pelet de Lautrec. Tandis que l'Empereur gouvernait la France de 1852 à 1870, le châtelain de Briord — aristocrate et royaliste — menait à Port-Saint-Père une existence dont plusieurs épisodes croisent directement la politique impériale. Retracer la vie de Napoléon III, c'est donc éclairer l'arrière-plan national d'un chapitre entier de l'histoire de Briord.


L'héritier d'un nom

Charles-Louis-Napoléon Bonaparte naît à Paris le 20 avril 1808, au palais des Tuileries. Il est le troisième fils de Louis Bonaparte, roi de Hollande et frère de l'empereur Napoléon Ier, et d'Hortense de Beauharnais, fille de l'impératrice Joséphine. Après la chute du Premier Empire en 1815, l'enfant suit sa mère en exil, en Bavière puis en Suisse, où il reçoit une éducation soignée. La mort du duc de Reichstadt — le fils de Napoléon Ier — en 1832 fait de lui le principal prétendant de la maison Bonaparte.

Convaincu de sa destinée, il tente par deux fois de renverser la monarchie de Juillet : à Strasbourg en 1836, puis à Boulogne-sur-Mer en 1840. Ces coups de force échouent. Le second lui vaut l'emprisonnement au fort de Ham, dans la Somme, où il demeure jusqu'à son évasion en 1846. C'est durant cette captivité qu'il rédige L'Extinction du paupérisme, ouvrage où s'esquissent ses préoccupations sociales.

Du prince-président à l'Empereur

La révolution de février 1848, qui renverse le roi Louis-Philippe et proclame la Deuxième République, lui ouvre enfin le chemin du pouvoir. Rentré en France, Louis-Napoléon est élu à l'Assemblée, puis se présente à l'élection présidentielle. Le 10 décembre 1848, il est élu premier président de la République au suffrage universel masculin, avec près de 74 % des voix, pour un mandat unique de quatre ans.

C'est en cette qualité de prince-président qu'il vient à Nantes le 30 juillet 1849. Arrivé par la Loire, il est accueilli par une salve de vingt et un coups de canon, passe en revue la garde nationale et les troupes de la garnison à la Prairie de Mauves, puis visite le port et la ville. Le futur Napoléon III paraît ainsi, dès 1849, aux portes du Pays de Retz, à quelques lieues seulement de Briord.

La Constitution lui interdisant de se représenter, il s'empare du pouvoir par le coup d'État du 2 décembre 1851, dissout l'Assemblée et fait ratifier son geste par plébiscite. Un an plus tard, un nouveau plébiscite rétablit la dignité impériale : le 2 décembre 1852, le prince-président devient l'empereur Napoléon III. En janvier 1853, il épouse l'aristocrate espagnole Eugénie de Montijo ; leur fils unique, Louis-Napoléon, dit le Prince impérial, naît en 1856.


Le Second Empire, années de Briord

Le règne de Napoléon III coïncide presque terme pour terme avec la présence à Briord du comte Pelet de Lautrec, devenu maître du domaine par son mariage, le 17 juin 1850, avec Mathilde Pantin de La Guère. Ces deux décennies sont, pour la France, celles d'un essor industriel remarquable : développement du chemin de fer, grands travaux du baron Haussmann à Paris, modernisation de l'agriculture. Le Pays de Retz participe à ce mouvement. C'est sous le Second Empire, en 1865, qu'est créé le comice agricole des cantons de Bourgneuf et du Pellerin réunis, et le domaine de Briord y tient son rang : au concours régional de Nantes de 1855, le comte Pelet de Lautrec est primé pour ses bœufs ; en 1866, il reçoit une médaille d'or pour ses produits agricoles. La prospérité agronomique de Briord s'inscrit ainsi pleinement dans l'élan économique de l'Empire.


Magenta, Solférino et la question italienne

En politique étrangère, Napoléon III veut jouer un rôle de premier plan. Après la guerre de Crimée (1854-1856), il se fait le protecteur de l'unité italienne. En juillet 1858, il rencontre secrètement à Plombières Camillo Cavour, ministre du royaume de Piémont-Sardaigne, et scelle une alliance contre l'Autriche. La campagne d'Italie de 1859 est marquée par les victoires franco-piémontaises de Magenta et de Solférino ; en 1860, la Savoie et le comté de Nice sont rattachés à la France.

Cette politique italienne va rejoindre, de la manière la plus directe, l'histoire de Briord. Car le soutien apporté par Napoléon III au mouvement national italien précipite la chute du royaume des Deux-Siciles. En mai 1860, Garibaldi débarque en Sicile ; en septembre, le jeune roi François II abandonne Naples et se retranche dans la citadelle de Gaëte. C'est là que le châtelain de Briord entre en scène.

Gaëte : le maître de Briord face à la politique de l'Empereur

Le siège de Gaëte, du 5 novembre 1860 au 13 février 1861, est l'ultime résistance de François II. Émus par le courage du jeune souverain, des légitimistes et d'anciens zouaves pontificaux français se mettent spontanément à son service. Parmi eux, le comte Pelet de Lautrec, maître de Briord, part combattre pour le roi de Naples et sera reçu par le pape Pie IX.

Or la position de la France est ambiguë. Pendant plusieurs mois, la flotte française de Napoléon III mouille devant Gaëte et empêche la marine sarde de bloquer la place par la mer. Mais le 19 janvier 1861, à la suite d'un accord secret entre Napoléon III et Cavour, les navires français se retirent : privée de cette protection, la citadelle tombe quelques semaines plus tard. Ainsi, le maître royaliste de Briord aura combattu dans une cause que la diplomatie de l'Empereur, après l'avoir un temps protégée, finit par abandonner. L'histoire du domaine de Briord porte, à travers son châtelain, la trace de ce grand jeu européen conduit par Napoléon III.


Grandeur et déclin

Les dernières années du règne sont plus sombres. L'expédition du Mexique (1861-1867), entreprise pour y installer un régime favorable à la France, se solde par un échec retentissant. En Europe, la montée en puissance de la Prusse de Bismarck inquiète. À l'intérieur, l'Empereur, malade, assouplit son régime autoritaire et concède des réformes libérales à la fin des années 1860.

La rupture survient en 1870. Entraîné dans une guerre contre la Prusse, l'Empire s'effondre militairement. Le 2 septembre 1870, Napoléon III capitule à Sedan et est fait prisonnier. Dès l'annonce de la défaite, la République est proclamée à Paris le 4 septembre. Libéré en 1871, l'ex-empereur gagne l'Angleterre et s'installe à Chislehurst, dans le Kent, où il meurt le 9 janvier 1873, à l'âge de soixante-quatre ans.


Une mémoire, un miroir de Briord

La postérité a longtemps réduit Napoléon III au désastre de Sedan. L'historiographie récente reconnaît davantage la complexité de son règne, entre autoritarisme et modernisation. Pour Briord, le Second Empire demeure une période faste : celle où le domaine, sous la conduite d'un châtelain royaliste que tout opposait pourtant au régime, connut la prospérité agricole, se para d'une chapelle agrandie et bénie en 1853, et vit son maître porter les armes jusqu'aux remparts de Gaëte. Napoléon III n'a jamais foulé la Terre de Briord ; mais son règne, par mille fils, en a tissé l'arrière-plan.